Moonrise Series

Les Quatre Lunes


MÈRE

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Le Mythe de la Mère

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La figure de la Mère est, avec celle de la Jeune Fille, l’archétype féminin le plus ancré dans la société. La femme est souvent représentée comme la femme nourricière, celle qui porte la vie, qui accueille en son sein.


LA DEESSE-MERE, ISIS, DEMETER ET LA VIERGE MARIE

La Mère prend plusieurs visages au fil du temps. C’est originellement le culte de la Grande Déesse de la nature et de la fertilité, la Déesse-Mère, dont nous avons parlé dans le Module 1. Cette Déesse-Mère est directement en lien avec la Terre-Mère.

Puis il y a Isis, reine mythique et déesse-mère de l’Égypte antique. Isis est la lointaine héritière de la Grande Déesse préhistorique. Comme elle, Isis apporte protection et fertilité. Pourtant, son apparence est radicalement transformée. De la mère originelle aux seins lourds et aux organes féminins hypertrophiés, on passe à une jeune beauté aux seins fermes, souvent représentée allaitant son fils Horus. Chez les Grecs, la Grande Mère prend la forme de Déméter, déesse de l’agriculture et des moissons. Son nom vient du grec ancien μήτηρ / mếtêr, « la mère ». On organise des rituels en son honneur pour favoriser la fertilité et le travail de la terre.

Petit à petit, le culte d’Isis se répand de l'Egypte à l'Italie en passant par l'Espagne. De nombreux temples dédiés à la déesse sont construits sur tout le territoire romain. A Rome, le culte d’Isis connaît son apogée sous l’Empire (27 av. J.-C. et 476 ap. J.-C.). Bien souvent, les temples d’Isis attiraient plus de fidèles que ceux des divinités gréco-latines (comme Déméter), si bien que certains empereurs ont tenté d’en interdire le culte.

Avec l’arrivée du christianisme et durant les quatre premiers siècles de notre ère, les figures maternelles d’Isis, mère d’Horus, et de Marie, mère de Jésus ont coexisté. Beaucoup disent que la figure d’Isis allaitant son enfant a servi de base au culte de la Vierge Marie, et qu’il s’est opéré un syncrétisme, où les rites égyptiens voués à la déesse se sont adaptés à la pensée religieuse gréco-romaine. Face à la montée du christianisme, le culte d’Isis périclite et disparaît à la fin du Vème siècle. Le culte de la Vierge Marie remplace progressivement celui d’Isis.

Si on laisse de côté la notion de virginité, Marie incarne fortement l’archétype de la Mère. C’est une grande figure compatissante, qui apparaît pour aider et guider les humains. D’ailleurs, la théorie selon laquelle Marie serait perpétuellement vierge est acceptée par certaines théologies, et refusée par d’autres.


LES ATTRIBUTS DE LA GRANDE MÈRE

Qu’elle que soit l’image que l’on emploie pour en parler, l’archétype de la Mère est l’incarnation de la fécondité et de la terre fertile. C’est elle qui permet l’abondance des récoltes. La Mère est souvent représentée le ventre rond, allaitante ou en train de materner ses enfants. Elle porte les symboles de la féminité: les seins ronds, les cheveux longs, les hanches et le ventre.

La Mère représente l’amour inconditionnel. Elle représente un principe bienveillant, choyant, qui donne support, qui active la croissance, qui fertilise et qui nourrit. La Mère accueille en son sein, encourage, accompagne et soulage. Elle est chaleureuse, rassurante et enveloppante, dotée de compassion et d’empathie. Elle est reine dans son foyer. Elle se dévoue pour sa famille, les malades ou les nécessiteux, parfois au détriment d’elle-même. Elle évite les conflits et essaie de contenter le maximum de personnes. La Mère peut parfois être sacrificielle.


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Les figures de la Mère sont empreintes d’une puissante force spirituelle: c’est du ventre de la mère que naît l’Univers tout entier !


LES FIGURES DE LA MERE IDEALE

On trouve dans l’histoire plusieurs femmes incarnant fortement l’archétype de la Mère. Amma en est l’exemple actuel le plus parlant, avec sa capacité à ouvrir les bras pour câliner le monde.

Jung, qui a beaucoup travaillé autour des archétypes, a regroupé les aspects les plus importants de la Grande Mère selon les représentations typiques comme celles de la mère, de la nourrice, de la bonne d’enfants, de la déesse ou de la Vierge Marie. C’est la bonne mère des contes de fée, qui habille chaudement ses enfants pour ne pas qu’ils prennent froid, qui raccommode leurs vêtements et maintient le feu dans la cheminée. C’est celle qui accueille, nourrit et réchauffe quand on rentre après un long voyage.

La Mère, c’est la maman louve super protectrice, qui sort les griffes quand on touche à ses petits. Elle serait prête à se sacrifier et à sacrifier le monde entier pour eux. C’est aussi la mama italienne qui veut toujours que ses enfants soient bien nourris. C’est la mère poule dont le centre de l’univers est son foyer. La Mère peut être forte, comme la maman louve, ou pas, comme la mère poule qui n’est habituellement pas considérée comme forte. Comme elle essaie d’aider tout le monde, certains n’hésitent pas à abuser de sa gentillesse.

La Mère n’a pas forcément à être mère. Elle peut être une femme qui prend soin des autres: une infirmière, un médecin, une bénévole ou une femme qui travaille dans l’humanitaire. Ca peut être une femme qui se dédie aux autres car elle a la foi, comme Mère Teresa a consacré sa vie aux pauvres, aux malades, aux laissés pour compte et aux mourants. C’est une femme qui dédie sa vie aux autres et qui les aide.


Est-ce que, dans ces grandes figures et ces attributs de la Mère, vous avez reconnu certains éléments qui vivent en vous?  

Prenons une pause


DEVENIR MÈRE D’UN ENFANT

Comme la grossesse entraîne de grands chamboulements physiques et émotionnels, c’est aussi un moment où l’on peut se sentir très sensible, vulnérable, perdue. La doula Laurélène Chambovet dit ceci dans une interview pour One Oneness (le magazine en ligne de Laura):

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“La grossesse est un moment idéal pour guérir parce que nous sommes plus que jamais connectées au divin (vous pouvez l’appeler la nature si vous préférez). Nous avons besoin de nous rappeler que les femmes ont mis des enfants au monde depuis la nuit des temps. Nous devons croire au fait que Nous savons comment faire, et avoir confiance dans le processus.”

Laurélène Chambovet pour One Oneness

Lorsqu’elle accueille un enfant, la mère fait de la place en elle-même, dans son corps et dans son quotidien, pour accueillir la vie. Parfois, cela se fait naturellement. Parfois, cela ne se passe pas sans tiraillements intérieurs. La grossesse ne laisse pas d’autre choix que celui de ralentir. L’équilibre de notre corps change, le centre de gravité n’est plus le même, les hormones, les émotions… tout se transforme.

Dans plusieurs traditions, la période post-natale est vue comme un moment sacré. Dans le kundalini yoga et l’ayurveda, on parle des 40 jours après la naissance comme d’un moment essentiel pour créer le lien entre la mère et l’enfant. C’est un temps où la mère peut se sentir un peu vide, et où elle doit s’adapter à tous ces changements. Elle a besoin de se reposer pour retrouver ses forces après l’accouchement. Laurélène dit: “Nous avons besoin d’apprendre à prendre soin de la mère comme si elle était une déesse parce qu’elle vient de donner la vie”. Ce sera très aidant pour elle si la famille ou les amis peuvent cuisiner pour elle des plats réchauffants et faciles à digérer, la masser et l’aider à se reposer pour que la connexion à l’enfant puisse fleurir naturellement. Selon Laurélène prendre soin de la mère pendant ces 40 jours, “diminue les risque de dépression et soutient tout l’écosystème familial pour des années”.

Vous pouvez lire l’article entièrement encore quelques jours en cliquant ici.


 
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LA FEMME COMME PORTEUSE DE VIE ET LA QUESTION DU NON DÉSIR D’ENFANT

La maternité peut-être une expérience sacrée et profondément transformatrice. Ca peut être un lieu d’épanouissement pour certaines femmes, ou vécu de manière douloureuse pour d’autres.

La mère en tant que porteuse de vie a longtemps été vénérée et considérée comme sacrée. Plus tard, la maternité comme condition sociale obligatoire a condamné les femmes pendant des siècles. Il y avait deux clans, les femmes qui étaient capables d’enfanter, et celles qui ne l’était pas. Il valait mieux être de celles qui avaient des enfants si l’on voulait être considérées socialement. Cela a longtemps perduré, si bien que certaines de nos grand-mères, de nos mères, et même certaines d’entre nous, n’ont eu comme seule possibilité que de rester au foyer et de s’occuper de leurs enfants. Nous ne sommes pas ici en train de dénigrer l’aspect magnifique de la femme qui se dédie à ses enfants, toute sa vie ou pendant un temps. Nous sommes simplement en train de dire que cela devrait être pleinement choisi, par envie et par désir, plutôt qu’imposé aux femmes.

Aujourd’hui encore, ne pas souhaiter d’enfant en tant que femme constitue un malaise social.

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“La féminité est encore en partie constituée par la maternité”

Charlotte Debest, sociologue et autrice de Le choix d'une vie sans enfant

Tout l’ordre social est basé sur les enfants, et c’est encore une fonction sociale pour la femme que d’élever des enfants et d’avoir une famille. Si bien que souvent, lorsqu’une femme énonce son souhait de ne pas avoir d’enfant, elle reçoit jugements, critiques, écoute incrédule. Elle est rarement pleinement entendue et comprise. Pourtant toutes les femmes ne souhaitent pas devenir mères. Notre société e

st tellement sûre que le désir d’enfant est “naturel”, que les femmes qui ne ressentent pas le désir d’enfants passent souvent par une grande période de culpabilité et de questionnements avant d’assumer pleinement leur choix. A cela s’ajoute les réflexions telles que “c’est parce que tu n’as pas encore rencontré le bon”, “ton horloge biologique va se réveiller”, “ça viendra plus tard”, etc.

Il nous semble important de lever cette injonction à désirer être mères pour laisser la place au réel choix personnel: nous n’avons pas besoin de souhaiter être mère pour être pleinement femme.

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Il est important de se rappeler qu’on peut incarner l’archétype de la Mère sans pour autant devenir mère. Nous pouvons porter chaque mois les attributs et l’énergie de la mère, et ce même si l’on n’a pas d’enfant ou que l’on ne désire pas en avoir. L’énergie de la Mère est une énergie d’expansion, d’amour et d’ouverture. C’est un désir pour la vie qui vient du cœur et du ventre, des profondeurs de notre utérus.

Il y a tant de façons de devenir mère. Nous pouvons porter, accompagner et donner naissance de tant de manières différentes. Nous n’avons pas à porter un enfant dans notre ventre pour être mère. Dans nos ventres réside une capacité de création infinie, elle nous traverse comme une rivière.

Ressources pour aller plus loin sur cette notion de non-désir d’enfant:

  • Sorcières, la puissance invaincue des femmes, de Mona Chollet

  • Episode L’horloge biologie, on t’a pas sonnée, d’Un Podcast à soi de Charlotte Bienaimé

  • Le choix d'une vie sans enfant, de Charlotte Debest


LORSQUE JE DONNE, EST-CE LIBRE ET GRATUIT ?

Dans les contes, il y a d’autres figures de la mère: la marâtre, la belle-mère méchante, la mère qui abandonne dans la forêt… Il y a aussi la figure de la mère abusive (qui n’a pas besoin d’être mère pour cela), intrusive, manipulatrice, sans remord…  Et puis on connait toutes d’autres figures, celle de la femme qui cherche à se rendre indispensable de ceux dont elle s’occupe. Il y a aussi celle qui retient ses enfants près d’elle, qui se soucie sans cesse pour eux, qui les empêche de partir. Celle qui donne tout son amour à son enfant, qui le protège de tout ce qui pourrait lui faire du mal, tant et si bien que lorsque l’enfant grandit, il reste dépendant de sa mère. Celle qui ne cultive pas son jardin intérieur et qui attend d’être remplie par l’extérieur. Celle qui traite son partenaire comme un enfant. Celle qui veut être entourée tout le temps, qui est sans cesse dans l’action et le soin donné aux autres pour éviter d’être seule avec elle même, face à ses peurs. Les contes et les histoires sont là pour nous faire réfléchir en nous montrant des exemples exacerbés, qui font échos à ce qui vit en nous et autour de nous. Tous ces exemples ne sont pas représentatifs de l’archétype de la Mère. Ils nous montrent ce que peuvent être les attributs de la Mère lorsqu’ils sont en déséquilibre.

L’archétype de la Mère, lorsqu’il est très présent, peut donner des exemples comme Amma ou Mère Teresa, ou alors s’exprimer en déséquilibre. Lorsque l’identité entière et la recherche de validation d’autrui reposent sur la générosité, le don de soi, le dévouement, il faut veiller à observer si l’équilibre intérieur est bien respecté.

Nous pouvons observer comment, en chacune de nous, s’expriment parfois les attributs de l’archétype de la Mère de façon déséquilibrée. On peut observer comme nous donnons parfois tant de nous-même que nous espérons secrètement en échange. Comment lorsque nous nous dévouons corps et âme à ceux que l’on aime, nous attendons parfois d’être aimée, validée, de se sentir utile, de remplir un vide. Si vous observez cela en vous, ne vous blâmez pas: comme nous l’avons dit précédemment, l’archétype de la Mère dévouée, qui s’oublie pour les autres et qui donne tout est très présent dans nos sociétés. En tant que culture, nous avons parfois du mal à accepter que les femmes soient autrement. Il faut faire un travail de déconditionnement, d’observation de soi et de prises de consciences pour sortir de ce rôle dans lequel les femmes ont été maintenues pendant des siècles.


La loi universelle du donner et recevoir en équilibre

Lorsqu’on observe la nature, on remarque que tout donne et reçoit en équilibre: un arbre prend l’énergie de la terre au printemps, puis redonne ses feuilles et ses fruits à la terre à l’automne. Dans notre vie, il est essentiel d’être dans une recherche d’équilibre entre donner et recevoir.

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“Tout dans la nature se donne en premier”


Même si l’archétype de la Mère à tendance à aider, à donner aux autres, elle a besoin de se retrouver. Gardons en tête qu’avant d’être mère ou compagne, nous sommes des femmes avec des désirs qui lui sont propres. Il est important de toujours revenir à nos envies profondes.

Est-ce que j’ai la capacité de donner ?

Prenons l’exemple de Mère Teresa. Si elle a pleinement embrassé sa vocation missionnaire, elle a aussi beaucoup insisté sur la nécessité d’une vie contemplative et de prière. Ainsi, malgré la surcharge de travail, elle insiste pour que chacune des Missionnaire de la Charité qui l’accompagnent puissent passer une heure par jour en prière devant le Saint Sacrement. Pour Mère Teresa, la prière n’est pas du temps pris sur le service des pauvres, mais bien une partie essentielle de celui-ci: “plus nous recevons dans la prière silencieuse, plus nous pouvons donner”. Benoît XVI dit ceci: « La bienheureuse Teresa de Calcutta est un exemple particulièrement manifeste que le temps consacré à Dieu dans la prière non seulement ne nuit pas à l’efficacité ni à l’activité de l’amour envers le prochain, mais en est en réalité la source inépuisable. »

Ici on parle de prière et de Dieu, mais vous pourriez remplacer cela par n’importe quel moyen de vous ressourcer: respirer quelques minutes le matin, faire de la méditation ou du sport, aller marcher dans la nature, jardiner, aller voir une expo… S’autoriser à faire chaque jour une chose rien que pour vous, pour vous faire du bien, pour vous remplir.

Bhakti emploie souvent l’image de la fontaine. Elle dit ceci, en substance:  

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“Nous ne pouvons donner de notre eau et laisser le monde boire à notre fontaine que si nous avons suffisamment d’eau. Si nous n’avons pas assez d’eau, nous puisons dans nos réserves, nous nous assèchons, et le don ne peut pas être libre et gratuit: il nous demande trop d’effort, trop d’énergie… et quelque part, on se met à attendre en retour.”


Notre responsabilité, c’est de nous donner la possibilité et le temps de remplir notre source intérieure. C’est de faire chaque jour quelque chose pour nous, qui nous fait du bien, ne serait-ce que pendant quelques minutes seulement, pour ensuite pouvoir donner pleinement, d’un vrai don qui vient du coeur.

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“La Mère, si elle ne se donne pas en premier, met les autres en dette”



Pourquoi je donne ?

Il est important de toujours se poser la question de “pourquoi je donne?”. Est-ce que mon don est libre et gratuit, ou est-ce que j’attends en retour ? Si l’on remarque que l’on attend en retour, c’est certainement qu’il y a déséquilibre quelque part dans l’attention et le temps que l’on se donne à soi. Vérifiez d’abord que votre fontaine est bien remplie. Et si vous remarquez que vous continuez à attendre en retour, c’est peut-être aussi qu’il existe une blessure quelque part en nous, un endroit qui n’a pas été suffisamment choyé, pendant notre enfance ou notre vie adulte, et qui mérite notre attention.


Témoignage de Marion

“J’ai reçu au cabinet une femme qui a découvert qu’elle avait des intolérances alimentaires, ce qui allait profondément remettre en question sa façon de manger. Elle m’a dit avec émotion que cela allait lui rajouter une charge supplémentaire, car maintenant elle allait devoir faire deux repas différents: un pour ses enfants et un pour elle. Je lui ai demandé pourquoi cela, et je lui ai proposé d’essayer d’envisager les choses autrement, et peut-être d’expliquer sa situation à ses ados, de leur demander leur aide, et de trouver ensemble des recettes qui plaisent à tout le monde. Elle m’a répondu sans appel que c’était impossible et qu’elle ne voulait pas leur faire subir ça.

Le but ici n’est aucunement de la blâmer pour sa réaction. C’était un moment douloureux pour elle, elle était en colère et révoltée contre cette nouvelle qui venait comme une goutte supplémentaire. Pourtant, je savais par ce qu’elle m’avait raconté qu’elle avait tendance à s’oublier au profit de ses enfants, de ses collègues, de ses amis.

On peut se demander si c’était réellement impossible, ou si le blocage venait de sa vision de ce que doit être une bonne mère. Je me demande aussi comment ses enfants auraient réagi si elle avait exprimé ses besoins, si elle leur avait demandé de l’aide dans cette étape difficile. Peut-être auraient-ils été heureux de l’aider, de l’accompagner ? Peut-être se seraient-ils sentis plus capables, plus forts et autonomes ?”

Et vous, c’est quoi votre vision de ce que doit-être une “bonne mère”?

La difficulté de remplir la fontaine

Parfois, on n’arrive pas à prendre du temps pour se ressourcer alors que rien ne nous en empêche vraiment. Si c’est votre cas, que vous avez tendance à toujours donner aux autres avant de vous donner à vous, posez-vous la question de pourquoi, et essayez de modifier cela petit pas après petit pas. C’est le meilleur cadeau que vous pourrez vous faire, et que vous pourrez faire aux autres.

Et parfois on n’y arrive pas parce qu’on a un petit bébé dont on s’occupe sans cesse, parce qu’on vit un deuil, parce qu’on est déprimée, en burn out… Il y a des moments dans la vie où il est difficile de remplir sa fontaine intérieure. Alors, il faut demander de l’aide. Demandez à ce que votre conjoint.e, vos proches, vos amis vous aident. Si vous n’avez pas cela sous la main, faites appel à d’autres sources d’aide. Par exemple, n’hésitez pas à allez consulter un thérapeute, naturopathe, hypnothérapeute, sophrologue, énergéticien... dont c’est le métier de prendre soin de vous et de vous accompagner vers le mieux-être.

Si votre épuisement est en lien avec vos enfants, il existe des solutions. Par exemple, dans le cadre de l’accouchement, il existe un réseau d’aide entre femmes avant et après l’accouchement. On peut aussi se regrouper avec des parents pour créer une communauté d’aide à l’éducation des enfants (ce genre de réseau existe notamment pour les parents qui font du home schooling). Et il existe sûrement tant d’autres choses que nous ne connaissons pas et que nous serions heureuses de connaître, si vous avez des choses à partager.

En tout cas, une chose est sûre: nous n’avons pas besoin d’affronter toutes les étapes de la vie seule. Nous avons le droit d’avoir besoin d’aide, d’être épuisées, perdues ou en colère.



 
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MERCY ON THE MOTHERS - MISÉRICORDE POUR LES MÈRES

L’auteur de Eat Pray Love Elizabeth Gilbert a récemment écrit un post instagram “Mercy on the mothers” qui mérite d’être lu. En résumé et traduit par nos soins, elle dit ceci:

“Récemment j’étais à une conférence où la question suivante a été posée: “Combien d’entre vous avez peur de devenir comme votre mère?”. Presque tout le monde dans la pièce s’est levé. Ca m’a fait mal au coeur. J’ai eu mal au coeur non seulement pour les personnes dans la pièce - qui étaient toutes de merveilleux êtres humains, beaux, créatifs et imaginatifs. J’ai eu mal au coeur pour leurs mères - qui ne cesseront jamais d’être jugées comme des échecs. Parce que mon dieu, nous ne cessons jamais de blâmer les mères, n’est ce pas ? Combien d’années, de dollars, d’énergie avons-nous tous dépensé en tant que culture, pour parler de combien les mères nous ont déçues ou laissé tomber ? Ce que je veux dire ici c’est: Est-ce qu’on pourrait faire une pause - juste pour une journée - et faire preuve de miséricorde envers les mères ? Parce qu’être mère est impossible. Je ne veux pas dire que c’est difficile. Je veux dire: C’EST IMPOSSIBLE. Ce que nous, en tant que culture, attendons de nos mères est presque qu’elles ne soient pas humaines. Les mères sont supposées être une combinaison entre la Vierge Marie, mère Teresa, Superwoman et Gaia. C’est un niveau de perfection sans pitié. Impitoyable !

Dieu viens en aide à cette mère, lorsqu’elle a le sentiment que tous ses efforts sont insuffisants. Dieu viens en aide à cette mère, si elle s’est sentie épuisée et submergée. Dieu viens lui en aide si elle n’a pas compris ses enfants. Dieu viens lui en aide si elle a eu des désirs et des envies insatisfaites. Dieu viens lui en aide si elle s’est un jour sentie terrifiée, suicidaire, sans espoir, lasse, perdue ou furieuse. Dieu viens lui en aide si sa vie l’a déçue. Dieu viens lui en aide si elle a eu une addiction ou une maladie psychiatrique. Dieu viens lui en aide si elle s’est effondrée un jour. Dieu viens lui en aide si elle n’a pas pu contrôler sa rage. Dieu viens lui en aide car si une partie d’elle est cassée (= “fucked-up” dans le texte), elle sera pour toujours étiquetée de MAUVAISE MERE. Et on ne lui pardonnera jamais.

Alors voici ma question: Peut-on aujourd’hui arrêter de juger les mères, et leur témoigner de la compassion à la place ? Cela ne veut pas dire que ce qui vous avez subi du fait de votre mère était OK. Cela ne veut pas dire que la douleur n’est pas réelle… cela veut simplement dire que peut-être sa douleur était réelle aussi. Et si vous êtes mère et que vous n’arrêtez pas de vous juger pour tout ce que vous ratez… pouvez-vous lâcher ça pour une journée? Pendant une journée, pouvez-vous laisser tomber le couteau que vous tenez sur votre propre gorge? Miséricorde. Pour une journée. De la miséricorde pour vous. De la miséricorde pour toutes les mères.”

Elizabeth Gilbert parle ici de l’impossibilité à incarner pleinement et sans arrêt l’archétype de la Mère, comme il est demandé aux mères par la société. Il est important de considérer cet archétype comme faisant partie d’un ensemble, et de se rappeler que nous avons tout en nous, et qu’il est normal de traverser des périodes où nous aurons plus ou moins de facilité à incarner la Mère. Ne nous mettons pas sur les épaules l’immense charge d’incarner l’archétype de la Mère chaque jour de notre vie.


Prenons une pause

Comment ce texte résonne-t-il en vous ?

Etre une bonne mère, ça veut dire quoi ?

Est-ce que vous vous laissez tranquille en tant que mère ? Est-ce que vous vous jugez ?

Est-ce que vous avez tendance à juger les mères autour de vous ? A les étiqueter ?

Est-ce qu’il vous arrive de ressentir de la compassion envers votre propre mère ?


LA CHARGE MENTALE DES FEMMES

Dans le combat de la libération de la femme et de l’égalité, les femmes ont prouvé qu’elles pouvaient tout faire. Par cette lutte, elles ont montré qu’elles pouvaient être fortes, indépendantes et pleines de ressources. Et par la même occasion se sont ajoutées quelques lignes supplémentaires à la liste de leurs tâches quotidiennes… Les femmes d’aujourd’hui, et en particulier les mères, font souvent face au surmenage.

On attend d’elles qu’elles soient de bonnes épouses, amantes et mères, qu’elles soient carriéristes, qu’elles se réalisent dans leur travail et qu’elles soient de bonnes ménagères. On voudrait qu’elles soient à la fois fortes, indépendantes, dynamiques, tendres, douces, patientes, sensuelles et sexuelles... qu’elles cultivent leur esprit tout en prenant bien soin de leur physique pour garder un corps jeune et mince… les femmes du XIème siècle doivent tout affronter de front. C’est lourd. Ca fait souffrir. Et c’est une quête illusoire et épuisante. Il est impossible d’être tout ça tout le temps.

Grâce à la bande dessinée Fallait demander de la dessinatrice Emma, la notion de “charge mentale” a été largement diffusée. Ce principe a été introduit par Monique Haicault en 1984 dans son article La Gestion ordinaire de la vie en deux. Elle y parlait principalement de “charge mentale ménagère” et y décrivait comme, chez une femme en couple qui travaille, une partie de l’esprit demeure préoccupé par les tâches ménagères (dont la part invisible du travail domestique) et la gestion du foyer. Les femmes mènent souvent une “double journée” entre le travail et le foyer, et portent une lourde charge cognitive. En 2019, la distribution des tâches ménagères dans le couple entre un homme et une femme a évolué, sans toutefois arriver à l’équilibre. La charge mentale demeure beaucoup le fait de la femme. Aussi, elle diffère entre l’homme et la femme: si l’homme a tendance à la cantonner à la sphère professionnelle (surmenage, burn out…), la femme la vit autant dans la sphère personnelle que professionnelle.

Voici quelques chiffres du sociologue au CNRS Jean-Claude Kauffmann datant de 2018, qui permettent d’observer que les femmes sont davantage touchées par la charge mentale ménagère que les hommes:

  • 92 % des femmes ont le sentiment d’être responsable du ménage contre 46 % des hommes.

  • 43 % des femmes considèrent que leur conjoint ne s’implique pas suffisamment dans les tâches domestiques contre 9 % des hommes.

  • 95 % des femmes se sentent plus responsables des enfants.

  • 57 % aimeraient que leur conjoint s’investisse plus dans la gestion du foyer.

Il est temps que ça change, vous ne pensez pas ?


Votre compagnon ou votre compagne ne vous “aide” pas en faisant quelques tâches ménagères. Vous n’avez pas à “demander”. Si c’est le cas, c’est que la personne qui partage votre vie considère que c’est de votre responsabilité d’entretenir le foyer. Mais pourquoi serait-ce le cas?

Même si les habitudes sont très installées, cultiver la prise de conscience et le dialogue est une bonne première étape: parler de vos ressentis, de vos besoins. Vous pouvez utiliser des techniques de communication non violente (CNV), qui permettront de vous exprimer plus clairement sur vos besoins et d’être mieux écoutée. Pour connaître des bases de CNV, il existe de nombreux livres dont le très connu Cessez d’être gentil, soyez vrai de Thomas D’Ansembourg. Ensuite, si le climat le permet, il est possible de mettre en place de nouvelles habitudes en responsabilisant les autres membres de la famille, y compris les enfants.

En Pratique


LE CAS PARTICULIER DES MERES AU FOYER

Les mères au foyer sont particulièrement touchées par cette charge du quotidien.

Témoignage de Marion

“J’ai dans ma patientèle quelques “mères au foyer” (même si je n’aime pas trop ce terme qui rappelle un temps ancien où les femmes étaient de vraies bonnes à tout faire à la maison). Certaines considèrent cette période comme une parenthèse et souhaitent ensuite reprendre un travail. D’autres ont fait ce choix car elles souffraient d’avoir l’impression de courir sans cesse et de ne pas avoir assez de temps pour élever leurs enfants. D’autres n’ont pas eu le choix. Je n’ai pas de patiente mère au foyer qui soient pleinement épanouies dans cette situation. Je suis pourtant certaine que cela existe… Mais ce que je vois au cabinet, ce sont des femmes tiraillées, qui ont du mal à trouver leur place dans une société qui place la valeur travail au dessus de tout. Ce sont des femmes qui culpabilisent de ne pas gagner d’argent, et qui du coup, en font trois fois plus. Je vois des femmes qui ne prennent pas 5 minutes pour elle dans la semaine (week-end inclu) sans se sentir coupables. Ce sont des femmes qui bossent tout le temps et qui ne sont pas reconnues pour ça, si bien que les larmes coulent sur leurs joues lorsque je leur dis “c’est normal d’être fatiguée”. Le burn out, ce n’est pas que dans les entreprises que ça se passe.

Je me souviens d’une femme qui me disait adorer regarder “The Voice” avec ses enfants, et qui me racontait que pendant l’émission, elle triait le linge et faisait le repassage derrière le canapé où ses ados étaient assis. Elle me disait qu’elle voulait que ses enfants puissent se détendre et profiter, et que c’est pour ça qu’elle ne les embêtait pas avec le linge et les tâches ménagères. Je lui ai demandé de se questionner sur l’image de la femme qu’elle leur donnait en ne s’autorisant jamais à s’asseoir devant la télé et en faisant toutes les tâches ménagères. Et je lui ai donné comme petit exercice de s’asseoir avec eux devant l’émission, et de leur expliquer qu’à partir de maintenant, chacun allait devenir responsable de son propre linge.”

Rappelez-vous la loi essentielle du “donner et recevoir en équilibre”.


A QUI APPARTIENT LE VENTRE DES FEMMES ?

La période de la Mère correspond à celui de la fertilité, à l’ovulation, et donc à la possibilité de tomber enceinte. Et dans le contexte actuel de recul du droit des femmes à l’avortement, nous avions envie d’écrire un mot sur le ventre des femmes.

Début mai 2019, l’état américain de Georgie a adopté une loi appelée “the heartbeat bill” (la loi du battement de coeur). Cette loi rend l’avortement illégal aussitôt que l’on peut entendre le battement de coeur du foetus: à 6 ou 7 semaines de grossesse. Ceci est basé sur l’idée qu’un battement de coeur humain est suffisant pour définir une personne. Cela veut dire qu’en cas de perte du foetus (ce qui inclut les fausses couches) une femme pourra être interrogée pour déterminer si oui ou non elle est responsable. Si on estime qu’elle est responsable, la femme pourra être condamnée à une peine allant de 10 à 30 ans d’emprisonnement. On peut se demander sur quels critères la femme pourra être jugée.

A l’heure actuelle aux Etats-Unis, cette loi est effective dans deux états, attend d’être effective en Géorgie, est temporairement bloquée au Kentucky, et a déjà passé une première étape de vote dans sept états…

Ceci nous choque car ce sont les Etats-Unis, un pays occidental, et que le recul des droits nous paraît insensé. Mais entre ce recul et les pays où l’avortement n’a jamais été permis, aujourd’hui dans le monde énormément de femmes se voient obligées de trouver des voies non officielles et parfois dangereuses pour mettre fin à une grossesse non désirée.

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Nos ventres de femmes nous appartiennent.

Nos utérus ne sont la propriété d’aucun gouvernement.