Moonrise Series

Les Quatre Lunes


JEUNE FILLE

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Le Mythe de la Jeune Fille

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L’archétype de la Jeune Fille est l’objet d’un véritable mythe. Dans nos sociétés occidentales, on ne jure que par elle, et par l’archétype de la Mère. Nous vivons dans une société fascinée par la jeunesse, si bien que cet archétype est très apprécié et recherché.


MYTHOLOGIE ET MEDIATISATION DE LA JEUNESSE ETERNELLE

Les références à l’archétype de la belle jeune fille en âge d’être mariée, à la vierge ou à la nymphe se retrouvent partout dans la mythologie et dans la littérature.

Dans la mythologie grecque et romaine, les nymphes sont des divinités mineures qui agissent pour la fertilité ou la protection de la nature. Les nymphes sont de très belles jeunes filles pubères qui incarnent à la fois la force de la nature (des forêts, des cours d’eau, des montagnes…), la liberté, la robustesse, la fraîcheur, la légèreté. Elles vivent des milliers d’années tout en conservant leur jeunesse éternelle. Elles sont associées à une hypersexualité fantasmée: elles tombent souvent amoureuses, ont de nombreuses aventures avec des dieux ou des hommes, et donnent naissance à de nombreux enfants. Parce qu’elle est facile, active, désirante, inconstante… la nymphe représente un objet sexuel idéalisé. Du mythe de la sexualité de la nymphe est né le mot “nymphomanie” au 18ème siècle.

Il y a aussi le modèle de la “lolita”, de la nymphette à peine pubère et largement médiatisée par la publicité, la télévision ou les magazines. Dans son ouvrage, La télévision dans la vie des enfants et des jeunes, Jadwiga Komorowska observe les changements induits par l’introduction de la télévision dans la vie des enfants et des adolescents en Pologne dans les années 1960. Il remarque comme les jeux et les occupations des enfants changent, et notamment le mimétisme des jeunes filles à l’égard des personnages féminins. Les jeunes filles consacrent beaucoup de temps à imiter les actrices, à jouer à leur ressembler.

Il est normal que les petites filles et les adolescentes jouent aux adultes et prennent pour exemple des symboles de féminité qui les inspirent: mettre les chaussures de maman, se maquiller, s’habiller comme telle chanteuse que l’on admire… Ce mimétisme a existé de tous temps. Cependant une chose a changé: les modèles de femmes mises en avant par les médias, et particulièrement ceux qui s’adressent aux jeunes filles, n’est pas celui de la femme mature à la féminité achevée, mais celui de la toute jeune femme juste pubère et pourtant déjà très sexualisée.

Le corps de la jeune femme est idéalisé et utilisé par et pour la consommation capitaliste. Cela touche les jeunes femmes, mais aussi les femmes adultes. Si les jeunes femmes sont poussées à se sexualiser plus tôt, les femmes adultes peuvent avoir tendance à mal accepter leur vieillissement. Du fait de cette valorisation des attributs de la jeune fille, de nombreuses femmes souffrent d’une perte de repères, de complexes corporels, d’une mauvaise estime d’elles-mêmes. Elles ont tendance à se focaliser sur l’image du corps plutôt que sur le développement d’autres aptitudes. L’expérience n’est pas valorisée et les femmes plus mûres peinent à trouver leur place dans nos sociétés.

Il existe des lieux dans le monde où les êtres humains ne sont pas au contact de la publicité ou de la télévision, par exemple dans des régions où le capitalisme est moins présent ou dans des tribus d’Amazonie ou d’Afrique, où les femmes développent un meilleur rapport à leur corps, leur estime d’elle-même et à leur sexualité.


L’OBSESSION DE LA JEUNESSE ÉTERNELLE

Parce que les canons de beauté de notre société sont ceux qui impliquent un corps mince, ferme et jeune, certaines femmes peuvent avoir tendance à vouloir rester longtemps dans cet archétype de la Jeune Fille, sans accepter l’arrivée des autres (la Mère, l’Enchanteresse et la Femme Sage) au fil du temps. Être toujours active, pleine d’énergie et de projets, c’est tendance. Il est mieux vu d’avoir un corps mince, une peau lisse et ferme que l’inverse. Alors une femme qui vieillit pourra avoir tendance à refuser son corps tel qu’il est, et utiliser des moyens divers, injections de botox, chirurgie esthétique ou régimes en tous genres pour conserver la jeunesse de son corps, et donc sa reconnaissance au sein de la société.


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Certaines femmes s’imposent inconsciemment l’injonction d’être actives tout le temps, chaque jour du mois et de l’année, sans accepter que parfois elles ont besoin de repos.


Si les hommes sont touchés par la crise de la quarantaine, les femmes sont parfois sujettes à celle de la cinquantaine. Une crise de la cinquantaine forte porte un nom: la “midorexie” ("mid", contraction de "middle" en anglais). Cette crise de milieu de vie, qui se manifeste lorsqu’arrive la ménopause ou au départ des enfants, s’accompagne d’une baisse d’estime personnelle qui pousse les femmes touchées à chercher à conserver la jeunesse à tout prix, pour vivre une seconde jeunesse. Cela se concentre principalement sur l’aspect physique: elles traquent la moindre ride, font des régimes, du sport à outrance... Et cela touche aussi les relations, le travail, le choix des mots employés. Les femmes atteintes de midorexie fuient la routine et cherchent à pratiquer les mêmes activités que des personnes de génération différente. Souvent, elles sont sans cesse en action, s’engagent dans des projets, choisissent d’évoluer dans certains environnements ou de faire des voyages qui vont leur permettre de côtoyer des personnes plus jeunes. Elles ont parfois des comportements à risque, comme la pratique trop intense d’activité physique ou des relations sexuelles non protégées. Les femmes souffrant de midorexie n’ont pas conscience de leur comportement, et sont souvent imperméables aux remarques de leurs proches. Parfois cet état perdure, parfois il passe comme il est venu. Parfois il faudra qu’un événement ou une parole permette une prise de conscience.


 
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TROUVER SA PROPRE VOIX(E)

La jeune femme, du fait de l’instabilité hormonale de l’adolescence, des taux élevés d’oestrogènes du début de la vingtaine et des changements de son corps, peut ressentir une difficulté à savoir qui elle est, ce qu’elle veut. Elle a tendance à vouloir fusionner dans le groupe, dans ses relations amicales ou amoureuses. Elle ressent très fortement, ses émotions sont intenses. Elle a souvent le besoin et le désir d’être reconnue par l’extérieur. De ce fait, les jeunes femmes ressentent parfois des difficultés à discerner leurs propres désirs de ceux des autres.

Une des problématiques du temps de la Jeune Fille réside dans la difficulté à dire non. Cela a mené à beaucoup d’abus. Les jeunes filles ont besoin d'expérimenter mais aussi de revenir à leur envie personnelle, leur voix propre, et aiguiser leur capacité à discerner ce qu’elles souhaitent de ce que les autres voudraient qu’elles fassent.

Une grande partie de la construction de la vision du monde, et notamment de ce que doit être ou ne pas être une femme, se fait avant l’âge de dix ans. Nous croyons en l’importance d’accompagner les jeunes filles autour de nous pour les aider à trouver des modèles inspirants hors des codes de la société patriarcale.


Prenons une pause

Accompagner les jeunes femmes à trouver leur voix intérieure ne peut se faire que si nous guérissons notre propre vision, nos croyances de ce que doit ou ne doit pas être une femme. En cheminant vers la guérison de nos blessures et l’acceptation de notre corps, nous pouvons incarner un exemple inspirant pour les jeunes filles autour de nous.

Voici quelques questions comme support à réflexion:

Quelle image de la féminité est-ce que je porte ? Où en suis-je dans l’acceptation de mon propre corps et de son changement au fil des années ? A quel point puis-je dire que j’aime mon corps tel qu’il est ?

Personne ne nous demande d’être parfaites. Être conscientes et en voie de guérison, c’est ça le plus précieux.


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Accompagner les jeunes filles pour qu’elles se sentent fortes et enracinées dans leur vérité, c’est construire le monde de demain.


 
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LAISSER LA PLACE A LA JEUNE FILLE

Une autre manière d'accueillir la Jeune Fille est de la laisser s’exprimer et faire ses propres choix. Le temps de la Jeune Fille est précieux: même si la sagesse de la Femme Sage est requise pour la continuité du monde, l’énergie révolutionnaire se trouve dans le cœur et les mains de la Jeune Fille. La Jeune Fille questionne les anciens paradigmes et porte de nouvelles idées. Elle voit avec un œil nouveau.

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Laisser la place à cette énergie de rébellion est nécessaire pour l'évolution du monde. Il est important de valoriser l’énergie créatrice de la Jeune Fille, car de tout temps ce sont les jeunes générations qui initient l’évolution du monde.

On l’observe actuellement avec le mouvement des militants pour le climat, qui refusent l’ordre établi et souhaitent créer de nouveaux modes d’actions, plus rapides, plus efficaces, plus impliquants et impactants. La militante Greta Thunberg a 16 ans et porte cette force, cette capacité à convaincre. Elle ose dire et elle agit. Cette phrase prononcée par elle lors du Forum économique mondial de janvier 2019 porte l’énergie de la Jeune Fille: “Il est inimaginable que tant de personnalités qui s'entretiennent du climat soient venues en jet privé. Il est temps que les jeunes se mettent en colère et transforment cette colère en action.”


S’ANCRER DANS SES VALEURS, AU DELÀ DE LA RECONNAISSANCE PHYSIQUE

Il est important que les femmes apprennent à trouver la reconnaissance ailleurs que dans leur aspect physique: dans la capacité que nous avons à contribuer au monde par nos dons et nos talents. Pour cela, il nous semble primordial de s’aider entre femmes. Cela passe avant tout par les pensées, les jugements que nous émettons à l’encontre des autres femmes. 

Parfois, c’est quasiment un réflexe. Nous observons les autres femmes, nous nous comparons, nous jugeons. Elle n’est pas vraiment belle, trop grosse, trop mince… Toutes ces réflexions sont le reflet de notre vision de nous-mêmes. Elles nous condamnent et nous limitent dans notre propre acceptation de notre corps. Par ces pensées, nous nous empêchons d’aimer pleinement notre corps, et nous maintenons un ordre social qui nous dessert et nous retire notre pouvoir. 

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En changeant notre regard, nous avons le pouvoir de changer le regard de la société sur la femme. Nous pouvons donner l’exemple et initier le mouvement. 


En prenant ma place au soleil, je ne prends pas le soleil des autres. Chaque femme qui s’aime et qui s’accepte autour de moi ne m’enlève rien. Au contraire, elle me donne de la force. Il y a une place pour chacune d’entre nous, alors prenons-la ! 


En pratique

Commencez par les cercles relationnels dans lesquels vous êtes déjà. Dans votre famille, proche et plus lointaine, dans votre groupe d’amies, au travail.

Demandez-vous:

Quelle place est ce que je souhaite prendre? Quelles sont les valeurs que je porte profondément en moi? Qu’est ce que je fais naturellement, qui m’est facile et qui fait du bien au monde?  Qu’ai-je à offrir à mon entourage?

Ensuite faites le même exercice avec les femmes qui partagent votre vie, en vous demandant quelles sont leurs qualités, où réside leur beauté unique. 

La prochaine fois qu’un jugement sur le physique ou l’apparence d’une femmes vient à la surface, ou que vous ressentez de la jalousie à l’égard d’une femme, ne vous jugez pas. Nous venons de 5000 ans de pouvoir et nous avons besoin d’apprendre à penser différemment ! Vous pouvez simplement prendre un temps de recul et vous demander quelles valeurs, quelles qualités vous inspirent chez elle. L’idée reçue selon laquelle la jalousie entre femmes est normale n’a plus lieu d’être. Nous pouvons changer cela et déclarer que désormais, la norme sera la bienveillance !  


Pendant les retraites Moonrise, la première des pratiques est celle de la sororité, la bienveillance et le soutien entre femmes. C’est d’ailleurs une des choses que les participantes retiennent avant tout de leur expérience avec nous. C’est la première médecine que nous pouvons nous offrir les unes les autres, et elle est très puissante !

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Lorsque je ne juge pas l’autre, je ne me sens pas jugée. Lorsque je trouve ma place, je ne me sens pas menacée.

Partage de Laura sur son travail en tant que photographe et son projet Soul Photography: 

"Plus je me suis intéressée au sujet, plus j’ai remarqué les commentaires incessants que nous faisons tous et toutes sur le physique des femmes sans même le remarquer. Depuis, je fais l’exercice de m’observer quand il m’arrive de juger, et de dépasser cette notion de « beauté ». Pour moi la beauté n’existe pas, c’est simplement une définition qu’un groupe d’individus choisit de donner à des critères physiques. Par mon travail de photographe, je crée des espaces de bienveillance dans lesquels les femmes peuvent se sentir belles. Je leur offre le prisme de mon regard pour qu’elles puissent à travers lui se voir autrement. Car au delà de se sentir belle, il est important de se sentir pleinement incarnée, présente, consciente de son énergie. S’accepter dans son corps est selon moi une étape essentielle pour trouver sa place."