Moonrise Series

Les Quatre Lunes


FEMME SAGE

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Sang Sacré & Sang Tabou

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LE SANG TABOU

Parler des règles n’est pas simple. Il y a ceux qui sont gênés et ceux qui pensent que ce n’est pas un sujet: “Pourquoi en parler ? Quoi de plus naturel que les règles?”. Il y a celles qui n’osent pas dire leur souffrance, et celles dont la souffrance n’est pas reconnue. Les menstruations peuvent être vécues comme une période d’isolement, de handicap, notamment du fait de la société patriarcale qui ne laisse pas l’espace pour que les femmes puissent honorer pleinement leur besoin de ralentir ou de se reposer pendant leurs règles.

Et encore, nous parlons ici de femmes vivant en Occident. Dans certains pays défavorisés, les jeunes femmes se voient obligées de rester à la maison et pâtissent de retards scolaires importants du fait du manque d’accès aux protections hygiéniques. Les femmes souffrent aussi d’infections, car elles doivent utiliser des morceaux de tissus, de matelas, du journal ou des feuillages en guise de tampons ou serviettes hygiéniques.

En Occident, l’accès aux protections hygiéniques pose globalement moins problème. On peut quand même se demander pour quelle raison celles-ci ne sont pas remboursées, ou distribuées gratuitement ? Pourquoi les protections hygiéniques sont-elles à la charge des femmes ? Que se passerait-il si nous cessions d’en porter ?

Dans certaines régions du monde, il existe encore aujourd’hui des mythes nocifs sur les règles. Le corps des femmes inspire la méfiance, la stigmatisation sociale et les rumeurs les placent au ban de leur communauté. Dans certaines régions reculées du Népal, les femmes qui ont leurs règles doivent rester cloîtrées dans une cabane et n’ont aucun contact extérieur pendant une semaine. En Afghanistan, les femmes ne doivent pas prendre de douche pendant leurs règles, sous peine de “devenir stériles”. Au Malawi, en Afrique de l’Est, les règles doivent rester secrètes, et les parents n’en parlent pas à leurs filles. En Bolivie, la croyance dit que jeter une serviette usagée dans une poubelle commune peut entraîner des maladies et des cancers. Les filles gardent leurs serviettes dans leur sac et attendent de rentrer chez elles pour s’en débarrasser. En Iran, 48% des écolières pensent que les règles sont une maladie. Ces discriminations entraînent des conséquences importantes sur leur bien-être physique, mental et socio-économique.

Les discriminations sont partout, même en Occident: au Japon, les femmes se voient refuser l’accès à certains métiers réservés aux hommes, comme chef sushi, du fait du “dérèglement” qu’engendre le cycle menstruel. Elles souffrent de grandes inégalités et de mentalités réactionnaires qui les cantonnent souvent à des tâches de bureau à bas niveau de responsabilité, telles que servir le thé, faire du travail de secrétariat ou d'accueil. En Russie, 456 métiers sont interdits aux femmes.

Les manières de le dire

Rien qu’à observer la manière dont on nomme les règles, on sent qu’il existe encore de nos jours une gêne, un tabou autour du sang menstruel. “J’ai mes ragnagnas”, “mes trucs de filles”, “je suis indisposée”... la langue française nous offre de multiples manières - plus ou moins poétiques! - de parler des règles.

Pour parler des règles, on fait souvent référence:

  • à la guerre: par exemple en France, avec l’expression “les anglais débarquent”, et en Russie “l’armée rouge”

  • à la maladie, comme en Espagne où avoir ses règles se dit “je suis malade”

  • ou à l’idée d’une personne (souvent de sexe masculin) qui rendrait la femme indisponible ou soumise à une autorité extérieure: “mon chef est là” au Togo, “Michel est en ville” au Québec, “recevoir son cousin Flo” aux Etats-Unis, ou parmi les anciennes expressions françaises: “tante Berthe est là”, “elle a de la compagnie”.


Rares sont les métaphores poétiques, à part peut-être au Japon, où l’on parle des “jours de la Lune”. Dans les pays francophones, on emploie aussi de plus en plus l’expression “avoir ses lunes” pour parler des règles, en référence au cycle menstruel quasiment identique en durée à celui de la Lune. En fait, la racine étymologique du terme menstruations parle de la Lune: en Grec, mene veut dire “la Lune”. Cette façon de nommer les règles inclut clairement le lien des femmes à l’astre lunaire ainsi que leur caractère cyclique.

Le mot “règles” quant à lui, vient de l'expression en moyen français estre bien reiglée de ses mois (« avoir régulièrement ses menstrues »). Il exprime aussi la notion de régularité, et moins celle de connexion au grand tout et à la Nature.

Certaines femmes préfèrent employer le terme de “lunes” pour son aspect poétique, spirituel et chamanique. D’autres considèrent qu’utiliser un autre mot pour parler des règles participe à entretenir le tabou. Elles préfèrent employer le mot “règles” et participer à la détabouisation en évoquant le sujet normalement dans les conversations courantes en famille, au travail, avec des femmes comme avec des hommes.

Alors, “lunes” ou “règles” ? A vous de ressentir comment ces mots résonnent en vous et celui que vous préférez utiliser au quotidien. Dans cette formation, nous avons décidé d’utiliser les deux, car ils portent des énergies différentes qui toutes deux nous semblent utiles.

La sexualité pendant les règles

Faire l’amour pendant les règles est un sujet encore tabou. Dans la loi de Moïse et dans la Bible, les femmes et tout ce qu’elles touchaient pendant leurs règles étaient considérés comme sale: “Tu n'auras pas de relations sexuelles avec une femme pendant que ses règles la rendent impure”. Encore aujourd’hui, de nombreuses cultures écartent la femme pendant ses règles.

Souvent, les femmes ne ressentent pas le désir de faire l’amour au début de leurs règles, du fait du désordre intérieur, des tensions ou éventuelles douleurs. Mais à mesure que le flux diminue et que les hormones remontent, le désir peut revenir en flèche. Alors même que le sang continue à s’écouler, on peut se sentir fraîche, renouvelée. C’est le retour de la “Jeune Fille”.

Il peut aussi y avoir dans la sexualité pendant les règles quelque chose de puissant, primitif, et une certaine sensation de liberté du fait qu’on n’est pas fertile durant les règles: le corps ne peut pas ovuler et saigner au même moment. Attention cependant, les femmes qui ont un cycle court peuvent faire tout cela dans un temps rapproché: dans un cycle de 21 jours, l’ovulation arrive dès le septième jour. Au cinquième jour, certaines femmes peuvent déjà sécréter un mucus fertile, permettant de maintenir le sperme viable jusqu’à ce que l’ovule soit relâché quelques jours plus tard.


LE SANG SACRE

Le sang des règles n’a pas toujours été impur ou transformé en liquide bleu pour la télévision. Il fût un temps où le sang des lunes était sacré. Un temps où les femmes saignaient dans la terre pour la remercier pour sa fertilité. Un temps où ce sang avait sa place dans les plus puissants rituels comme élixir de guérison et de fécondité.

Ces traditions reviennent: de plus en plus de femmes honorent leur sang comme un fluide précieux. Elles le recueillent dans une coupe menstruelle et l’offrent à la terre, ou à une rivière. Symboliquement, elles laissent partir ce qui s’est détaché d’elles, les mémoires qui partent avec ce sang qui s’en va. Elles font une offrande à la Terre Mère, en remerciement pour les avoir portées et soutenues pendant ce mois passé.

Partage de Marion

“Je pratique ce rite d’offrir mon sang à la terre en certaines occasions, lorsque je veux honorer un événement fort qui a eu lieu depuis mes dernières menstruations. Je l’ai notamment fait pour honorer le retour de mes lunes après une fausse-couche.”

Dans la tradition amérindienne, on dit que le sang des règles donne le pouvoir d’intuition. D’après Brooke Medecine Eagle, chamane et auteur, les rêves et visions prophétiques les plus signifiants ont été faits par les femmes dans la Moon Lodge (loge de la lune): un lieu où les femmes se regroupaient pour traverser ensemble le temps des règles. On dit que c’est en se retirant dans la Moon Lodge que les femmes ont prédit l’arrivée de l’homme blanc.

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Le temps des règles était considéré comme le moment où les femmes pouvaient unir les forces du Ciel et celles de la Terre.

On les savait liées au Ciel avec le cycle lunaire, et à la Terre car le corps des femmes produit ces cycles de vie et de mort que l’on retrouve partout dans la nature.

Aujourd’hui, les femmes se regroupent à nouveau pour célébrer le féminin sacré, grâce aux Tentes Rouges, aux Loges de la Lune ou aux Cercles de Femmes qui fleurissent partout en Occident. Ces cercles sont inspirés d’antiques rassemblements de femmes au Moyen-Orient, au Maghreb, chez les Amérindiens d’Amérique du Nord et d’Amérique latine... Les femmes d’une communauté se retrouvaient alors au moment de leurs lunes, mais aussi à chaque événement important (premières lunes, mariage, grossesse, accouchement, ménopause, décès) et restaient dans cet espace sacré quelques heures ou quelques jours pour se reposer, discuter, partager leurs expériences, prendre soin de leur corps, chanter, prier et faire de petits travaux manuels propices à la méditation.

A cette époque où les cycles des femmes n’étaient pas influencés par la lumière et les hormones artificielles et où elles vivaient en communauté, elles avaient leurs lunes ensemble. Encore aujourd’hui, vous pouvez remarquer qu’il est fréquent que nos cycles se synchronisent sur ceux des femmes de notre famille ou de notre entourage.

Le regain d’intérêt pour ces rassemblements témoigne du besoin profond des femmes à honorer leurs cycles et à trouver un espace de repos, de soutien et de bienveillance auprès d’autres femmes, dans un esprit de sororité.


 
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LES LUNES ET LA LUNE

La femme lunaire

Si l’on dit que la lune est l’astre des femmes, c’est parce que le cycle menstruel et le cycle lunaire ont la même durée: la lune met environ 29,5 jours à faire le tour complet de la Terre, et le cycle menstruel d’une femme dure en moyenne 28 à 30 jours. La lune influence toutes les eaux de la Terre, et aussi nos eaux intérieures. Elle joue sur les marées, les montées de sève, les accouchements et nos pertes de sang menstruel.

Nous savons que nos ancêtres mesuraient le temps grâce à l’observation des cycles lunaires: jusqu’à l’Antiquité, les calendriers étaient basés sur le cycle lunaire, avant de laisser petit à petit la place au calendrier géorgien solaire. En ces temps anciens, l’ovulation était déclenchée par la lumière de la pleine lune, si bien que leurs règles arrivaient 14 jours plus tard, lorsque le ciel était noir. L’arrivée de la lumière artificielle a affecté le rythme biologique des femmes et a désynchronisé leurs cycles des cycles de la lune. Puis la contraception hormonale, le stress et les écrans ont continué dans cette voie.

L’énergie des règles et celle de la nouvelle lune sont très similaires. Comme l’est l’énergie de l’ovulation et celle de la pleine lune. Pourtant, nous sommes très nombreuses à ne pas être synchronisées ainsi. Vous avez vos règles pendant la pleine lune ? Ne vous inquiétez pas ! Pas besoin de chercher à tout prix à synchroniser nos cycles sur ceux de la lune: le moment où arrivent vos lunes sera optimal à sa manière.

De plus, il est fréquent d’observer que nos cycles évoluent différemment en fonction du temps. Ainsi, au cours de l’année, on peut avoir ses menstruations parfois en pleine lune, parfois en nouvelle lune… Pas d’explication spécifique à cela, si ce n’est le besoin de profiter des différentes énergies de la lune.

Avoir ses lunes selon la lune

Vous êtes-vous déjà demandé ce qu’impliquait d’avoir ses lunes en phase lunaire croissante ou décroissante? En pleine lune ou nouvelle lune? Voici quelques pistes de réflexions:

  • Avoir ses lunes en lune croissante:

La lune croissante est le moment des nouveaux départs, le moment propice pour laisser grandir de nouvelles habitudes. Les lunes en lune croissante sont l’occasion de se tourner vers soi pour contacter sa propre sagesse, laisser partir l’ancien et mettre en place de nouvelles habitudes.

  • Avoir ses lunes en pleine lune:

En pleine lune, l’énergie est tournée vers l’extérieur. C’est le moment de l’action, le temps où toute chose est révélée. Le moment de la pleine lune est connu pour être particulièrement chargé du point de vue émotionnel.

Les règles au moment de la pleine lune peuvent être éprouvantes émotionnellement, car les énergies sont différentes et contradictoires: La lune nous pousse vers l’extérieur et la lumière, les règles vers l’intérieur et le noir profond. Les lunes en pleine lune sont puissantes et transformatrices: elles renforcent l’aspect déterminé qu’une femme peut ressentir pendant ses règles. Elles nous poussent au changement avec force, comme le phœnix renaît de ses cendres.

  • Avoir ses lunes en lune décroissante:

En lune décroissante l’énergie s’estompe, se stabilise. C’est le moment de concrétiser les découvertes, d’installer les prises de conscience. Les lunes en lune décroissante sont plus paisibles, et permettent d’intégrer et de récolter les fruits de nos apprentissages.

Comme la lune décroissante correspond énergétiquement à celle de l’automne, certaines femmes ayant leurs lunes à ce moment là ressentent un peu de tristesse à laisser partir.

  • Avoir ses lunes en nouvelle lune:

La nouvelle lune est le temps du silence, de l’intériorité, du repos. Elle fournit l’opportunité de la réflexion, de la contemplation. Les règles et la nouvelle lune sont dans la même énergie, si bien qu’il n’y a pas de forces contraires. Ainsi, il est plus facile de plonger au cœur de soi.

Partage de Marion

“ Pendant un moment, j’avais mes règles en pleine lune, et je me disais que j’aurais préféré qu’elles soient en nouvelle lune, pour des raisons d’harmonisation des énergies. Alors, avec la simple puissance de l’intention, j’ai demandé à ce que mon cycle se décale pour avoir mes règles au moment de la nouvelle lune. Et ça a marché ! Facilement, d’ailleurs. J’étais émerveillée de voir qu’en deux mois seulement, je me suis réglée sur la nouvelle lune. Dans mon cas, ça n’a pas tenu très longtemps, et dès que j’ai relâché l’attention, mon cycle s’est à nouveau réglé sur la pleine lune. Alors j’ai lâché prise en me disant que j’avais certainement besoin de cette énergie forte des lunes en pleine lune. Mais sachez que décaler son cycle, c’est possible. Il suffit d’en émettre le souhait et de porter son attention quotidiennement sur son cycle. ”

Partage de Laura

“ J’ai toujours été fascinée par cette synchronicité avec la Lune. Je la regardais comme un miroir, une petite horloge qui me disait où mon ventre en était dans mon cycle. J’ai eu pendant un bon moment mes lunes au moment de la nouvelle lune. Puis je suis rentrée dans une phase de grand chamboulement où j’ai énormément travaillé et je me suis peu à peu déconnectée de la lune et de mon corps par manque de temps et d’énergie. Mon cycle s’est peu à peu décalé jusqu’à ce que mes lunes arrivent en pleine lune puis en lune croissante. J’ai ensuite remarqué que je n’étais pas seulement connectée à la Lune mais à ma sœur et mes sœurs qui m’entourent. Je vois donc aujourd’hui un rapport à la Lune un peu plus collectif que directement personnel. Je pense que l’important comme le dit Marion c’est de lâcher prise. De croire que chaque énergie qui se présente à nous est celle qui nous est nécessaire pour nous et pour ceux qui nous entourent.”


L’ACCUEIL DES PREMIÈRES RÈGLES: LES MENARQUES

Comment était-ce d’avoir vos règles pour la première fois ? Avez-vous été accueillie, célébrée le jour de vos premières règles?

Au cours de nos retraites et de nos cercles, nous avons remarqué que rares étaient les femmes qui avaient été célébrées lors de leurs premières règles. Elles racontent souvent avoir été accueillies par de la gêne, de l’indifférence, un tabou, de la honte, du rejet ou de la colère. En cercle, certaines femmes témoignent avoir été reçues avec une claque de leur mère (restes d’une ancienne tradition pour “célébrer” le passage vers l’âge adulte et conjurer le mauvais sort). D’autres se souviennent d’un moment banalisé, passé inaperçu: “tu trouveras des serviettes sous l’évier de la salle de bain”, leur a-t-on dit. A certaines, on a parlé de sexualité et on a dit de faire bien attention aux garçons, de se protéger. A d’autres, on a parlé de la malédiction d’être une femme, de souffrir chaque mois et d’enfanter dans la douleur. Les premières règles sont synonymes de passage de l’enfance à l’âge adulte et d’accès à la procréation.

Peu de femmes témoignent avoir été célébrées. Si certaines disent s’être senties fières, racontent que leur mère leur a fait un gâteau, ou qu’on a bu une coupe de champagne en leur honneur, la plupart des femmes parlent d’un manque d’intérêt, ou pire, un malaise général qui accompagne l’arrivée des premières règles.

Si l’arrivée des premières règles continue à être célébrée dans certaines traditions et tribus du monde, l’Occident semble avoir quelque peu oublié comment célébrer la fête des Ménarques.

Ménarques vient du grec:

men, menstrues

Arkhé, commencement

Ce terme définit la période des premières menstruations.

Par le passé, il était d’usage de marquer ce changement majeur dans la vie d’une femme par un moment de fête. La préparation d’un rite aidait la jeune fille à honorer ce passage, et permettait de signifier au monde son passage à l’âge adulte et sa capacité à concevoir.

Dans les traditions ancestrales, on retrouve souvent le fait de s’isoler pour marquer clairement le passage et célébrer l’aspect sacré du sang menstruel. Les peintures du corps étaient souvent utilisées, notamment chez les apaches qui peignaient les jeunes femmes en blanc et la célébraient avec une cérémonie qui durait quatre jours. Dans beaucoup de traditions, c’est un moment où les anciennes transmettent aux jeunes femmes un savoir ancestral concernant la fertilité et la sexualité sacrée.

Les indiens d’Amérique, accordent beaucoup de valeur aux rêves que font les femmes pendant leurs règles, et notamment lors des premières règles: la plupart des tribus croient que les rêves que font les filles à ce moment leurs donnent des informations sur leurs missions de vie et les grandes directions à prendre.

Rituel des Ménarques

Il est très précieux d’accompagner les jeunes femmes qui ont leurs premières règles par un rituel des Ménarques. Pour cela, on peut inviter les femmes de la famille ou les amies proches avec lesquelles la jeune femme se sent à l’aise, et organiser un repas ainsi qu’une cérémonie où chaque femme présente peut partager à la jeune femme quelque chose de son expérience avec le cycle menstruel, le féminin... Ça peut aussi être un temps de qualité passé entre mère et fille: la mère peut emmener sa fille dans la nature pour passer un moment privilégié avec elle, et lui parler de son expérience de vie en lien avec le cycle et le fait d’être une femme, comment c’était pour elle quand elle était plus jeune, etc.

Nous reviendrons plus en détails sur les rituels, comment les construire et les mener harmonieusement et en toute sécurité dans une autre formation à venir.

LA FIN DES RÈGLES : LE TEMPS DE LA FEMME SAGE

Lorsqu’elles sont ménopausées, les femmes entrent dans une phase de leur vie où elles sont plus souvent au contact de la Femme Sage. Les femmes qui n’ont plus de règles peuvent être au contact de l’énergie de cet archétype à tout moment de la journée, du mois, de l’année. La Femme Sage peut s’exprimer comme une fulgurance dans la journée, ou alors les accompagner pendant des semaines. Plus les femmes prennent en âge, plus elles passent de temps au contact de cette sagesse. Généralement, lorsqu’elles atteignent 70 ans et plus, elles connaissent une stabilité hormonale post-ménopause qui leur permet d’incarner cet archétype plus fréquemment.

Cela ne veut pas dire que les femmes ménopausées sont cantonnées à cet archétype. Elles continuent de traverser les quatre archétypes. Mais souvent le besoin de silence, de repos, d’intériorité, de contact avec le spirituel prennent plus de place dans leurs vies. Souvent, s’éveille aussi l’envie de transmettre ce que la vie leur a appris. Elles peuvent développer leur rôle de passeuse, la transmission de savoir et d'expérience.

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Traditionnellement, le rôle de la Femme Sage est de préserver la cohésion familiale, de transmettre des coutumes, des lignes directrices sur le plan éthique, et des solutions pour affronter les problèmes de l’existence.

Bien sûr, toutes les femmes sont différentes. En fonction de l’archétype qui domine en elles de manière initiale, certaines seront plus prédisposées que d’autres à entrer profondément dans la phase Femme Sage de leur vie. Cependant, ce n’est pas uniquement une question de prédisposition personnelle, c’est aussi une question d’acceptation de cette phase. Si une femme a une mauvaise image de la ménopause ou de la vieillesse, elle fera tout pour s’en éloigner, et de ce fait aura plus de difficulté à incarner la Femme Sage.

 
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Rituel de la Femme Sage

Dans la culture amérindienne comme dans de nombreuses cultures, les femmes atteignant la ménopause sont honorées par des rites permettant de saisir le sens profond de cet événement. La plupart des rituels incorporent l’idée de lâcher le passé et d’accueillir de nouvelles responsabilités. Les femmes honorent le chemin parcouru, parlent des leçons profondes que la vie leur a offert, et laissent partir ce qui ne leur convient plus.

Les femmes sont invitées à transmuter l’énergie consacrée jusqu’alors à poursuivre des buts personnels ou à la procréation pour devenir des Gardiennes. Souvent, elles accueillent un nouveau nom, leur nom de Femme Sage, qui est à l’image de ce qu’elles souhaitent incarner pour l’avenir. Ainsi, lorsqu’elles se présenteront lors de cérémonies, elles pourront donner leur nom de Grand-Mère. Il y a de multiples façons de créer un rituel pour accompagner une femme dans ce passage. Il peut être intéressant de rassembler des femmes de tous âges, qui viennent soutenir le processus. La femme peut énoncer à voix haute ce qu’elle a appris de la vie. On peut utiliser le feu pour brûler le passé, l’eau pour accueillir la nouvelle sagesse, créer un objet sacré…

Nous reviendrons plus en détails sur les rituels, comment les construire et les mener harmonieusement et en toute sécurité dans une autre formation à venir.


VIEILLIR LORSQU’ON EST UNE FEMME

S’il y a une chose que les femmes savent mieux faire que les hommes, c’est vieillir. Cette phrase peut paraître un peu étrange… C’est pourtant une réalité: en général, les femmes vivent mieux l’âge de sagesse que les hommes. Pourquoi cela ?

La société patriarcale rappelle sans cesse aux femmes qu’elles sont en train de vieillir. En faisant de la femme adolescente ou dans sa vingtaine l’objet ultime du désir, notre société amène très tôt la notion de vieillissement à la conscience des femmes. En cela, elle les prépare à l’idée du temps qui passe. Les femmes sont aussi très liées à la notion de temps par leur caractère cyclique: avec les saignements mensuels vient la conscience du mois écoulé.

Ces cycles de vie et de mort préparent l’âme au temps qui passe, si bien que lorsqu’arrive le temps de la Femme Sage, les femmes sont mieux préparées. Elles sont généralement moins surprises que les hommes par l’arrivée de l’âge de sagesse, ce qui leur donne la possibilité de mieux l’accepter, et aussi de mieux l’incarner.

Partage de Laura

“ J’ai passé la première partie de ma vingtaine à finir mes études, commencer à travailler et profiter de la vie. Puis à 27 ans, voyant l’approche de mes 30 ans, d’énormes remises en questions ont commencé à secouer la terre sur laquelle je marchais. Je me suis rendue compte que le chemin que j’empruntais ne me correspondait pas. La vie m’a offert la possibilité de me déposer entière au creux du chaos (qu’on nomme souvent la dépression). Aujourd’hui, je vois avec plus de clarté le chemin que je souhaite tracer. Après mes 30 ans, l’horizon de la ménopause se rapproche petit à petit et m’a permis de prendre des décisions. Mon cycle naturel et les importantes phases de transition qui le jalonnent me poussent à vivre avec plus de conscience. Cette conscience de vieillir me guide vers mes désirs les plus profonds. J’apprends à composer avec le temps qui passe et transforme mon corps de femme. ”


« Puissent-elles être toujours audacieuses

Puissent leurs âmes être protégées par maintes autres âmes

Tandis qu’elles apportent des ressources conquises de haute lutte

À notre monde qui en a tant besoin ».

Clarissa Pinkola Estès


Et vous, quelle est votre image de la Femme Sage ?

Comment la visualisez-vous ?

Quels sentiments vous inspire-t-elle ?

Avez-vous envie de l’incarner ?

Si vous n’êtes pas ménopausée, comment vous visualisez-vous en tant que Grand-Mère, que Femme Sage ?

Si vous êtes ménopausée, y a-t-il des aspects de la Femme Sage auxquels vous aimeriez donner plus de place dans votre vie ?

Prenons une pause